Ferdinand de Trazegnies
(Nueva York, año 1952)
 

FERDINAND DE TRAZEGNIES (Bruselas, 1906 - Lima, 1980)
Marqués de Torrebermeja
Caballero de la Orden de Malta
Diplomático belga
Fundador del
Instituto Peruano de Investigaciones Genealógicas


SEMBLANZAS

 

 

Por Guillermo Lohmann Villena                                        



Guillermo Lohmann Villena                            
Historiador peruano                          
Director de la Biblioteca Nacional del Perú                          
Delegado permanente ante la UNESCO                          
Académico de honor de la Sevillana de Buenas Letras                          
Lima, 1965                          
 

A MANERA DE PRÓLOGO

Por Dalmiro de la Válgoma y Díaz-Varela                                        
                    Mon père
                    par Fernando de Trazegnies Granda

 
 
Francés               Español  

          (Cet article etait écrit en français pour le livre de Guy VANACKEREN, editeur: Le livre des Belges au Pérou, par eux-mêmes. Belgo-Club. Lima, 2003. (http://www.perou.net/belgoclub/fr/livredesbelgesauperou.htm)

     

Ferdinand de Trazegnies

          Je voudrais bien raconter pas ma vie mais la vie de mon père, Ferdinand de Trazegnies, le premier de Trazegnies qui est venu résider le Pérou. Mon propos c'est donner témoignage de comment un Belge a l'étranger peu aimer autant son pays d'origine et son pays d'adoption et élever sa descendance dans cette double fidélité.

          Mon père était né à Bruxelles en 1906. Il était francophone, mais sa famille représente bien la fusion des ethnies et des cultures qui est au fond de la Belgique. Les de Trazegnies sont d'origine wallon et ils ont déployé leur activité d'abord dans les environs de Mons. Mais au Moyen Age, ils ont servi a la Wallonie et a la Flandre : ils devaient hommage au Comte de Hainaut mais, par exemple, le fameux Gilles de Trazegnies, dit le Brun, qui a était nommé Connétable de France aux Croisades para le Roi Saint Louis (c'est le seul Connétable dans l'histoire de ce pays qui n'a pas été français) était l'homme de confiance du Comte de Flandre. Aux XVI siècle, une branche cadette a commencé un déplacement vers le Nord. D'abord, s'est installé a Lessines ou les de Trazegnies ont devenus échevins et Grand Baillis de la ville. Au XVII siècle, la famille a passé à Grammont et une génération après à Anvers ou ils ont resté deux cent ans. Le fameux Maître de la musique flamande, François-Joseph de Trazegnies (1744-1820), qui a composé de très jolies pièces pour le clavecin, était le père du trisaïeul de mon père. Alors, pendant plus de deux cent ans, les héritiers de cette branche de la famille wallonne se sont mariés avec des dames flamandes. C'est pour ça que je pense toujours à mon père comme un Belge complet, qui portait dans son sang les deux héritages qui font la Belgique.

          Qu'est-ce qui a poussé a un jeune bruxellois traverser l'Atlantique et l'Amérique même, descendre de l'Hémisphère Nord a l'Hémisphère Sud et venir s'installer au Pérou, a l'autre bout du monde, au-delà des Andes, sur la cote du Pacifique ? Qu'est-ce que lui a poussé pour faire une traversée tellement longue et difficile dans les années trente du siècle passé ? La réponse est très romantique : l'amour !

          Mon père avait une grande affection pour la culture et la langue espagnole qu'il parlait assez bien avant de n'avoir été dans aucun pays hispanique. Pendant quelques temps, il a même travaillé comme assistant du Consul de l'Espagne à Charleroi. Dans ce poste, il a fait de très bonnes relations avec les ouvriers espagnoles des mines de charbon et il leur a aidé beaucoup dans sa dure vie en Belgique ; au point que quand il les a annoncé son voyage au Pérou, ils ont fait de grandes démonstrations de remerciement et de chagrin pour son départ. Il a connu ma mère à la Légation du Pérou à Bruxelles dans un dîner diplomatique. Mon grand père péruvien, le Docteur Carlos Granda, avait décidé un jour prendre des longues vacances en Europe avec sa femme et ses sept enfants… il a resté quatorze ans ! Pendant qu'il résidait à Berlin, il a eu son dernier fils, le huitième. Ma mère était la troisième. A ce temps la, le Pérou n'avait pas tellement d'Ambassadeurs de carrière. Alors ont choisissait un péruvien remarquable, résident à l'étranger, pour se faire charge de la Légation. C'est comme ça que le Gouvernement péruvien a nommé mon grand père d'abord comme Chef de Mission ad honorem de la Légation en Allemagne et après en Belgique.

     

Rosa Granda Vásquez de Velasco
(epouse de Ferdinand de Trazegnies)

          Après un temps raisonnable, mon père s'est adressé à ma grand-mère, Mme. María Rosa Vásquez de Velasco, une dame péruvienne a l'ancienne, pour lui dire qu'il aimait sa fille et qu'il voulait se marier avec elle. Ma grand-mère lui a répondu avec sympathie mais aussi avec beaucoup d'énergie : « Mon cher Ferdinand, vous saviez que je vous aime bien et je serais heureuse si vous mariez ma fille. Mais je ne laisserai pas ma fille toute seule en Europe. Au moins vous devez donner une preuve d'amour en venant à Lima pour faire le mariage au Pérou, et après on verra. En tout cas, immédiatement nous donnons fin à notre séjour en Europe. Si vous voulais, on vous attend avec plaisir à Lima ».

          Quelques mois plus tard, ayant arrangé ses affaires à Bruxelles, mon père débarquait au Callao, habillé tout en blanc et avec un chapeau de paille de Panamá. Quelques mois après il se mariait. Son intention été de retourner en Belgique au plus vite. Mais il a reçu ici a Lima la triste nouvelle de la mort de sa mère ; alors il a décidé rester plus de temps. A ce moment, il a été nomme par le Gouvernement Belge comme Attaché Civil a la Légation de Belgique au Pérou, ce qui lui a donné une raison additionnelle pour rester dans ce pays qu'il commençait a aimer très fortement. Chaque fois qu'on lui offraient une promotion mais qui signifiait le changement de Lima, il hésitait et finalement il parlait avec un ancien camarade d'école qui avez devenu un grand politicien en Belgique, M. Pierre Brasseur, pour qu'il lui aide avec les autorités du Ministère des Affaires Etrangères pour continuer au Pérou. Et, en fait, il a vécu tout le reste de sa vie au Pérou jusqu'à sa retraite, en sacrifiant sa carrière.

          Il a appris à connaître et à aimer le Pérou. Au début, il se scandalisait un peut de quelques coutumes péruviennes, comme les cours de taureaux ; mais après il est devenu un « aficionado » et c'est lui qui m'a initié dans les secrets de « las corridas ». Historien lui même, il s'est fait très ami d'un grand historien péruvien, don José de la Riva Aguero, qui l'a appuyé très fort dans son ancienne affection pour l'histoire scientifique des familles ; et c'est comme ça que mon père a fondé l'Institut Péruvien de Recherches Généalogiques et il a publié d'innombrables travaux sur les familles péruviennes.

          A la Légation de Belgique à Lima -devenue après, l'Ambassade- il travaillait infatigablement pour résoudre les problèmes des Belges résidant au Pérou. Au même temps, il été très connu par la société péruvienne et il avait de liens très étroits avec les milieux intellectuel, politique et d'affaires. De cette façon, il est devenue une pièce clef a l'Ambassade et les Ambassadeurs avaient la tentation de lui décourager d'un changement de poste parce qu'il était tellement bien placé a Lima qu'il était d'un utilité extraordinaire pour les rapports de la Mission Diplomatique de Belgique avec le milieu politique, le milieu académique et la haute société du Pérou.

          La guerre est arrivée et mon père a été un des premiers qui s'est présenté volontiers à l'Ambassade de la Grande Bretagne pour prendre les armes, disposé à lutter jusqu'à la mort pour libérer son pays occupé par l'ennemi. Je me souviens encore les larmes inconsolables de ma mère qui a pleuré pendant trois jours sans changer la décision de mon père. Mais les Autorités Alliées ont décidé que, en vue de ses contacts et son influence dans le milieu péruvien, c'était mieux qu'il reste sur place chargé de la diffusion de la position et le point de vue des Alliés, ce qui a fait pendant toute la guerre a la radio et dans les journaux.

          Son esprit religieux de service au plus humbles et au plus frappés par la maladie ou la misère lui a approché de l'Ordre de Malte. En 1947, il a été nommé Délégué au Pérou et en Bolivie, en lui chargent la mission d'obtenir la reconnaissance diplomatique de l'Ordre. Apres des nombreuses démarches, il a réussi et l'Ordre a été reconnu par le Gouvernement péruvien le 15 Avril 1953. Apres sa retraite du Service Diplomatique Belge en 1970, l'Ordre lui a nommé Ministre Conseiller ad honorem de l'Ambassade au Pérou. Et, travaillant très étroitement avec l'Ambassadeur de l'Ordre, Dr. Fernando Espá y Cuenca, il a contribué a l'établissement de services médicaux pour le plus pauvres dans la banlieue sud de Lima et a l'assistance de lépreux dans l'Amazonie. Mais cet esprit généreux cherchait toujours plus d'œuvres auxquels donner sa force vitale. C'est comme ça qui a fait parti aussi de la Tiers-Ordre de Saint-François, devenant le Ministre du Chapitre de Lima et développant dans l'ancien couvent dans la vieille ville un autre centre d'attention médicale.

 

La famille au Pérou (1965)
   

          Mon père et ma mère ont eu trois enfants, desquels je suis l'aîné : Ferdinand, comme lui même ; Carlos, comme mon grand-père péruvien ; et Léopold, comme le Roi. Dés que nous étions enfants, mon père nous a appris a aimer la Belgique et le Pérou au même temps, sans contradictions ni rivalités. Il ne s'agissait pas de deux affections opposés parce que mon père arrivait a donné a ce deux pôles chargés de sentiments une sensation tout a fait naturel de globalité. Peut être le grand amour qui a uni mon père et ma mère pendant toute sa vie a donné comme résultat un amour de chacun pour le pays et les traditions de l'autre ; et c'est ça qui a marqué le caractère bipolaire de la famille. Pour nous, enfants, la Belgique était une patrie lointaine, mais toujours présente dans les conversations de nos parents. Patrie lointaine dans l'espace mais aussi lointaine dans le temps parce que c'était le pays de nos ancêtres, un pays peuplé de contes fantastiques, de tournois et de codes d'honneur, de villes bâties en briques et de châteaux a grands tours, ou il semblaient presque naturels les personnages des contes de fées comme Geneviève de Brabant et les personnalités historiques invraisemblables comme Godefroy de Bouillon. Pour un enfant habitant le Pérou, la Belgique était surtout une légende.

          Nos parents nous ont inculqué l'idée de que les individus ne sont pas nés par génération spontanée mais qu'ils sont le résultat d'une longue chaîne paterno-filial, chargée de traditions familiales, nationales et culturelles, de laquelle chacun de nous ne constituait qu'un chaînon. C'est pour ça qu'il fallait découvrir et respecter nos obligations par rapport a ceux qui nous ont précédé et nos obligations par rapport a ceux qui nous suivrons : on devait apprendre a tendre un pont entre le passé et le futur ; et, certainement, la Belgique faisait part d'une façon très importante dans ce procès.

          Parmi les leçons de vie qui nous a donné et que ses fils essaient de ne pas oublier, il y a d'abord son désir de vivre, sa force vital. Il aimait chanter la phrase de la fameuse aria de « Tosca » : « Et je n'ai jamais aimé autant la vie… ». Ce désir de vivre s'exprimait aussi par un optimisme fondé non sur l'hasard mais sur les efforts que chacun pouvait réaliser pour surmonter les difficultés. C'est a cause de cet esprit qu'au milieu des circonstances difficiles, il répétait le proverbe traditionnel, plein de sagesse populaire : « Tout est bien qui finit bien ».

          Une autre leçon que ses fils nous avons reçu de lui, c'est la transparence, l'honnêteté dans l'action est dans la pensée, la défense claire de nos principes et de nos convictions sans avoir honte ni faiblesse. Il rappelait souvent que déjà Monsieur de la Palisse disait que « vu que le monde est ronde, on ne peut pas se cacher dans les coins ». Il voulait dire que le mensonge, la faute, la duplicité, la trahison, se découvre toujours ; mais certainement M. de la Palisse avait avancé aussi une vision aiguë de la mondialisation actuel. Mon père n'a jamais hésité pour défendre ses principes, même s'il pouvait être en désaccord avec la majorité : ce n'était pas l'opinion des autres qui comptait pour lui mais sa propre conviction, déterminé en conscience, et défendue avec une fidélité a soi même que n'admettait pas des défaillances.

          Une troisième leçon a été son sens d'humanité, la quête de la paix parmi les hommes, loin de toute rancune. Une anecdote peut éclaircir cet aspect de sa personnalité. En 1979, il était assez souffrant à cause de une maladie terminale et il passait les journées au lit, en regardant la télévision. Un jour, j'arrive quand il se plaignait que tous les programmes se referaient a la Guerre du Pacifique avec le Chili : « Je ne peu pas comprendre pourquoi on aime se rappeler tellement d'une guerre du XIX siècle, ce qui ne fait autre chose que chauffer des vielles haines ». Je lui ai fait noter que, en tout cas, nous étions dans l'année du Centenaire de la Guerre du Pacifique et que ça justifiait toute cette attention de mass media. Très fâché, il m'a répliqué : « Je ne veux pas entendre un de mes fils parler comme ça ! Le Centenaire, cent ans… tout t'imagines ce qui aurez arrivé en Europe si les gens auraient gardé ses mauvaises souvenirs pendant cent ans? La Deuxième Guerre Mondiale a été terrible. Mais les européens, seulement quelques années après, nous avons commencé à construire la Communauté Européenne et nous avons oublié nos amertumes et nos offenses réciproques. L'Amérique Latine doit faire la même chose parce que son seul futur c'est devenir une région unie et solide ».

          Ferdinand de Trazegnies fut un Belge de naissance qui a adopté le Pérou et qu'il a été adopté par le Pérou. Il fut un aimant époux, un père exemplaire et un preux et vaillant chevalier de notre temps. Il est décédé le 26 Avril 1980 en paix avec Dieu et les hommes.

 
 

                    Ferdinand de Trazegnies, mi padre
                    por Fernando de Trazegnies Granda

 
 
Francés               Español  

          (Este artículo fue escrito en francés para el libro de Guy VANACKEREN, editor: Le Livre des Belges du Pérou, par eux-mêmes. (El libro de los belgas del Perú, escrito por ellos mismos). Belgo-Club. Lima, Perú, Enero 2003, pp. 36-39. http://www.perou.net/belgoclub/fr/livredesbelgesauperou.htm )

     

Ferdinand de Trazegnies

          Quisiera contar no mi vida sino la vida de mi padre, Ferdinand de Trazegnies, el primer de Trazegnies que vino a residir en el Perú. Mi intención es dar testimonio de cómo un belga en el extranjero puede amar tanto su país de origen como su país de adopción y educar a su descendencia dentro del marco de esta doble fidelidad.

          Mi padre nació en Bruselas en 1906. Era francófono, pero su familia representa bien la fusión de las etnias y de las culturas que está en el fondo de la auténtica Bélgica. Los de Trazegnies son de origen valón y desplegaron su actividad inicialmente en los alrededores de Mons. Pero durante la Edad Media, sirvieron tanto a la Valonía como a Flandes: le debían homenaje al Conde de Hainaut pero, por ejemplo, el famoso Gilles de Trazegnies, llamado el Moreno, que fue nombrado Condestable de Francia en las cruzadas por el Rey San Luis (es el único condestable en historia de ese país que no ha sido francés) era hombre de confianza del Conde de Flandes. En el siglo XVI, una rama menor comenzó un desplazamiento hacia el Norte. Primero se instaló en Lessines, donde los de Trazegnies fueron miembros del Consejo de la ciudad y Grandes Bailíos. En el siglo XVII, la familia pasó a Grammont y una generación más tarde a Amberes, donde permaneció doscientos años. El famoso maestro de la música flamenca, François-Joseph de Trazegnies (1744-1820), quien compuso hermosas piezas para el clavecín, era el padre del tatarabuelo de mi padre, es decir, mi quinto abuelo. Por consiguiente, durante más de dos siglos, los herederos de esta rama de la familia valona se casaron con damas flamencas. Es por eso que pienso siempre a mi padre con un belga completo, que portaba en su sangre las dos herencias que constituyen la nación belga.

          ¿Qué es lo que llevó a este joven de Bruselas a atravesar el Atlántico y la América, bajar del Hemisferio Norte al Hemisferio Sur y venir a instalarse en el Perú, al otro lado del mundo, más allá de los Andes, sobre la costa del Pacífico? ¿Qué es lo que lo llevó a hacer una travesía tan larga y difícil en los años treinta del siglo pasado? La respuesta es muy romántica: ¡el amor!

          Mi padre tenía un gran afecto por la cultura y la lengua española, al punto que hablaba el español bastante bien aún antes de haber vivido en algún país hispánico. Durante algún tiempo, incluso trabajó como asistente del Cónsul de España en Charleroi. En el desempeño de ese cargo, hizo muy buenas relaciones con los obreros españoles de las minas de carbón y los ayudó mucho a soportar su dura vida en Bélgica; al punto que cuando les anunció su viaje al Perú, le hicieron grandes demostraciones de agradecimiento y de pena por su partida.

          Conoció a mi madre en la Legación del Perú en Bruselas durante una comida diplomática. Mi abuelo peruano, el doctor Carlos Granda, había decidido un día tomar largas vacaciones en Europa con su esposa y sus siete hijos... ¡se quedó catorce años! Mientras residía en Berlín, tuvo su último hijo, el octavo. Mi madre era la tercera de los hermanos. En esos tiempos, el Perú no tenían muchos embajadores de carrera y utilizaba a personas prominentes que quería servir a su patria de esa manera con su propio peculio. Es por eso que el Gobierno peruano nombró a mi abuelo como Jefe de Misión ad honorem de la Legación peruana primero en Alemania y después en Bélgica.
     

Rosa Granda Vásquez de Velasco
(esposa de Ferdinand de Trazegnies)

          Habiendo transcurrido un tiempo razonable, mi padre habló con mi abuela, la señora María Rosa Vásquez de Velasco, una señora peruana a la antigua, para decirle que amaba a su hija y que quería casarse con ella. Mi abuela le respondió con simpatía pero también con mucha energía: "Mi querido Ferdinand, usted sabe que yo le tengo mucho cariño y que estaría muy feliz si mi hija se casa con usted. Pero yo no dejaré a mi hija sola en Europa. Cuando menos usted tiene que dar una prueba de su amor viajando a Lima para que el matrimonio se realice en el Perú; y después ya se verá... En todo caso, nosotros damos inmediatamente fin a nuestra estada en Europa. Si usted quiere venir a Lima, lo esperaremos con todo gusto".

          Algunos meses más tarde, luego de haber arreglado sus asuntos en Bruselas, mi padre desembarcaba en el Callao, vestido todo de blanco y con un sombrero de paja de Panamá. Poco después contraía matrimonio con mi madre. Su intención era regresar a Bélgica lo más pronto posible. Allá había quedado su madre a quien él cuidaba. Pero ya en Lima recibió la triste noticia de la muerte de su madre; entonces, decidió quedarse algún tiempo más. Es entonces que fue nombrado por el Gobierno belga como Agregado Civil de la Legación de Bélgica en el Perú, lo que le daba una razón adicional para quedarse en ese país que él comenzaba a amar profundamente. Cada vez que le ofrecían una promoción en su carrera pero que significaba el cambio de misión y la necesidad de abandonar el Perú, dudaba un poco pero finalmente -a instancias de mi madre y de mi abuela- terminaba hablando con un antiguo compañero de colegio que se había convertido en un gran político en Bélgica, el señor Pierre Brasseur, para que lo ayudara con las autoridades del Ministerio de Relaciones Extranjeras de Bélgica a fin de continuar en el Perú, a costa de no obtener el ascenso. Y es así como pasó todo el resto de su vida en el Perú hasta su jubilación, sacrificando su carrera. Algún diplomático peruano de esa época me decía que en la Cancillería peruana consideraban a mi padre como parte inseparable de la Misión diplomática belga en Lima y bromeando decía que seguramente estaba registrado en el inventario de bienes de la Embajada.

          Muy pronto aprendió mi padre a conocer y a amar el Perú. Al comienzo, se escandalizaba un poco con algunas costumbres peruanas, como las corridas de toros; pero después se convirtió en un verdadero aficionado y es el mismo quien me inició en las sutilezas de la tauromaquia. Siendo él mismo un historiador, se hizo muy amigo de un gran historiador peruano, don José de la Riva Agüero, que lo apoyó mucho en su antigua afición por la historia científica de las familias; y es así como mi padre fundó el Instituto Peruano de Investigaciones Genealógicas y publicó un gran número de trabajos sobre las familias peruanas.

          En la Legación de Bélgica en Lima -convertida después en Embajada- trabajó infatigablemente para resolver los problemas de los belgas que residían en el Perú. Asimismo, tuvo su cargo el otorgamiento de becas en la Universidad de Lovaina para estudiantes peruanos; actualmente, me encuentro con mucha frecuencia a profesionales senior y a profesores universitarios que me cuentan, con mucho agradecimiento, cómo fue mi padre quién los envió a estudiar a Bélgica. Por otra parte, era una persona muy conocida en la sociedad peruana y tenía estrechas relaciones con los medios intelectuales, políticos y de negocios. De esta manera, se convirtió en una pieza clave para la Embajada y los embajadores tendían siempre a desalentarlo si se planteaba la posibilidad de un cambio de misión, ya que estaba tan bien ubicado en Lima que resultaba extraordinariamente útil para las relaciones de la Misión Diplomática de Bélgica con el ambiente político, económico y la alta sociedad del Perú.

          Llegó la guerra y mi padre fue uno los primeros que se presentó como voluntario a la Embajada de la Gran Bretaña para tomar las armas, dispuesto a luchar hasta la muerte para liberar su país ocupado por el enemigo. Me acuerdo todavía de las incontrolables lágrimas de mi madre quien lloró durante tres días sin lograr cambiar la decisión de mi padre. Pero las Autoridades Aliadas decidieron que, en vista de sus contactos y de su influencia en el medio peruano, era mejor que quedara en este país a cargo de la difusión de la posición y del punto de vista de los Aliados, lo que hizo durante toda la guerra a través de la radio y de los periódicos.

          Su espíritu religioso de servicio a los más humildes y a los más golpeados por la enfermedad o la miseria, lo acercó a la Orden de Malta. En 1947 fue nombrado Delegado ante los gobiernos del Perú y de Bolivia, recibiendo la misión de obtener para la Orden el reconocimiento diplomático de esos países. Después de numerosas gestiones, obtuvo que la Orden fuera reconocida como entidad soberana por el Gobierno peruano el 15 de abril de 1953. Luego de haber pasado al retiro del Servicio Diplomático Belga en 1970, la Orden lo nombró Ministro Consejero ad honorem de la Embajada en el Perú. Y, trabajando muy estrechamente con el entonces Embajador de la Orden, doctor Fernando Espá y Cuenca, contribuyó al establecimiento de servicios médicos para los más pobres en uno de los suburbios del sur de Lima y a la asistencia a los leprosos en la Amazonia. Pero su espíritu generoso buscaba siempre más obras a las cuales dedicar su fuerza vital. Es así como se hizo miembro también de la Tercera Orden de San Francisco, llegando a ser el Ministro del Capítulo de Lima. En el ejercicio este cargo desarrolló otro centro de atención médica para personas necesitadas, que se instaló en el antiguo convento de San Francisco situado en el Centro histórico de Lima.
 

La familia en el Perú (1965)

   

          Mis padres tuvieron tres hijos, de los cuales soy el mayor: Ferdinand, como él mismo; Carlos como mi abuelo peruano; y Léopold, como el entonces Rey de Bélgica, a quien él tenía una fidelidad absoluta. Desde que éramos niños, mi padre nos enseñó a amar a Bélgica y al Perú al mismo tiempo, sin contradicciones ni rivalidades. No se trataba de dos afectos opuestos porque mi padre lograba dar a estos dos polos cargados de sentimientos una sensación totalmente natural de globalidad. Quizá el gran amor que unió mi padre ni madre durante todas sus vidas dio como resultado un amor de cada uno por el país y las tradiciones del otro; y es eso lo que marcó el carácter bipolar de la familia. Para nosotros, los niños, Bélgica era una patria lejana, pero siempre presente en las conversaciones de nuestros padres. Patria lejana en el espacio pero también lejana en el tiempo porque era el país de nuestros ancestros, un país poblado de cuentos fantásticos, de torneos y de códigos de honor, de ciudades de casas con fachadas de ladrillo y castillos con grandes torres, donde parecían casi naturales los personajes de los cuentos de hadas como Genoveva de Brabante y las personalidades históricas inverosímiles como Godofredo de Bouillon. Para un niño que vivía en el Perú, Bélgica era sobre todo una leyenda.

          Nuestros padres nos inculcaron la idea de que los individuos no nacen por generación espontánea sino que son el resultado de una larga cadena paterno-filial, cargada de tradiciones familiares, nacionales y culturales, en la cual cada uno de nosotros no constituía sino un eslabón. Es por eso que era necesario descubrir y respetar nuestras obligaciones en relación a aquellos que nos precedieron y nuestras obligaciones en relación con aquellos que nos seguirían: debíamos aprender a tender un puente entre el pasado y el futuro; y, ciertamente, Bélgica era un escenario muy importante dentro de este proceso.

          Entre las lecciones de vida que nos dio y que sus hijos tratamos de no olvidar está en primer lugar su deseo de vivir, su fuerza vital. Le gustaba cantar la frase de la famosa aria de "Tosca" cuando Mario Caravadossi sabe ya que será ejecutado y canta: "Y jamás he amado tanto la vida...". Este deseo de vivir se expresaba también por un optimismo fundado no sobre el azar sino sobre los esfuerzos que cada uno podía realizar para superar las dificultades. Es por esta razón y gracias a este espíritu positivo que, en medio de circunstancias difíciles, repetía el proverbio tradicional francés, lleno de sabiduría popular: "Todo está bien si termina bien".

          Otra lección que sus hijos recibimos de él es la transparencia, la honestidad en la acción y el pensamiento, la defensa clara de nuestro principios y nuestras convicciones sin tener vergüenza ni debilidad. Recordaba a menudo que ya Monsieur de La Palisse decía que "dado que el mundo es redondo, nadie se puede esconder en las esquinas". Quería decir con esto que la mentira, la culpa, la duplicidad, la tradición, se descubren siempre; pero ciertamente, esta forma M. de La Palisse había avanzado también una visión aguda de la mundialización actual. Mi padre jamás dudó en defender sus principios, incluso si podía ser que estuviera en desacuerdo con la mayoría: no era la opinión de los otros lo que contaba para él sino su propia convicción, determinada en conciencia y defendida con una fidelidad a sí mismo y no admitía debilidades.

          Una tercera lección que nos dio fue su sentido de humanidad, la búsqueda de la paz entre los hombres, lejos de todo rencor. Una anécdota puede aclarar este aspecto su personalidad. En 1979, estaba aquejado por una enfermedad terminal y pasaba los días en su cama, mirando la televisión.

          En una de mis visitas, se quejó severamente de que todo los programas se referían a la Guerra del Pacífico, que tuvo lugar entre el Perú y Chile: "no puedo comprender por qué les gusta tanto recordar continuamente una guerra del siglo XIX, lo que no hace otra cosa que recalentar los viejos odios". Le hice notar que, en todo caso, estábamos en el año del Centenario de la Guerra del Pacífico y que esto justificaba todo esa atención que daba al tema la mass media peruana. Muy enfadado por esta explicación, me amonestó: " ¡No quiero escuchar a uno de mis hijos hablando de esta manera! El Centenario, cien años... ¿tú te imaginas lo que habría sucedido Europa si la gente hubiera conservado sus malos recuerdos durante cien años? La Segunda Guerra Mundial fue verdaderamente terrible. Pero los europeos, apenas unos años después, hemos comenzado a construir la Comunidad Europea y hemos olvidado nuestras amarguras y nuestras ofensas recíprocas. América Latina debe hacer lo mismo porque su único futuro está en convertirse en una región unida y sólida".

          Ferdinand de Trazegnies fue un belga de nacimiento que adoptó al Perú y que fue adoptado por el Perú. Fue un amante esposo, un padre ejemplar y un valiente e íntegro caballero de nuestro tiempo. Murió el 26 de abril de 1980 en paz con Dios y los hombres.

FECHA ÚLTIMA ACTUALIZACIÓN: 19/11/2008.

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